Sociales ou individuelles, des traces de vies comme patrimoine
Né avec le cinéma, le documentaire représente tout un pan de la création et du patrimoine cinématographique ; il témoigne d’une "approche du réel de l’existence humaine". Ordre du monde, ordre des choses. Pourtant sans cesse, l’homme invente sa vie et Traces de Vies aiguise son attention à repérer le moindre signe de cette création permanente. Le social se tisse aussi de toutes ces dignités, individuelles ou collectives, que le cinéma documentaire excelle à sortir de l’indifférence.
En effet, la communauté humaine a façonné la vie à travers la diversité de ses institutions, de ses modes de pouvoir ou de relation, de ses activités. Le monde s’invente à chaque minute et expérimente les intérêts ou les travers de chaque système social. Les individus s’efforcent de trouver une place dans ce social, se plient ou résistent, et produisent les récits de leurs douleurs et de leurs espoirs. Et le cinéma documentaire fait de cet éphémère en train de se vivre, un véritable patrimoine.
Actualités
Tahrir de Stefano Savona en salle à Clermont-FerrandTahrir place de la Libération,
grand prix Traces de Vies 2011
au cinéma le Rio du 25 janvier au 7 février
Tahrir est une plongée au cœur de la révolution égyptienne, un film écrit par les visages, les mains, les voix de ceux qui ont vécu ces journées sur la Place. Une chronique au jour le jour aux côtés de ses protagonistes.
Stefano Savona sera présent au Rio lundi 6 février à 20h30 + d’infos
"La plus belle rencontre peut-être à Locarno, la plus impressionnante, la plus cinématographique aura sans doute été avec un film intitulé Tahrir, place de la libération. Ce documentaire à été entièrement tourné au Caire durant les événements de janvier et février 2011, jusqu’au départ du président Hosni Moubarak. Il a été tourné par un homme seul, Stefano Savona, armé de ce fameux appareil photo Canon 5D Mark II devenu entre des mains aussi diverses qu’expertes (...) un très fécond outil de cinéma. Savona connait bien le Moyen-Orient, où il a réalisé deux films mémorables, Carnet d’un combattant kurde et Plomb durci. Il connaît bien l’Egypte, où il se rend pratiquement chaque année. Ce savoir lui permet de comprendre dès le début du mouvement de contestation égyptien qu’il se passe quelque chose d’exceptionnel. Il fonce sur place. Mais, visiblement, il connaît encore quelque chose d’autre, de plus difficile à définir.(...)
Voir-entendre-comprendre, il faudrait forger un seul verbe, tant il semble que ce soit un seul acte que met en œuvre le réalisateur italien, durant ces 18 jours où il partage les jours et les nuits de manifestants qui inventent leur propre pouvoir, avec passion, parfois avec inquiétude ou remise en doute. Pas plus qu’eux ou que quiconque, Stefano Savona ne comprend tout ce qui se passe, mais avec eux il découvre dans l’enchainement des instants, des cris, des débats, des peurs, des découragements, des élans, des joies et des réflexions, la singularité d’une dynamique commune et complexe.
Ce qui s’est passé Place Tahrir s’inscrit dans l’histoire longue des grands mouvements populaires, cela s’inscrit aussi dans le contexte très particulier des « printemps arabes », et cela possède des singularités irréductibles à aucune autre situation. La manière de filmer, image et son, de Stefano Savona prend acte de ces multiples dimensions. Il construit des plans qui, eux aussi, « viennent de quelque part » – d’une histoire des images. Mais ce faisant il ne réduit pas le neuf à l’ancien, au contraire. Il donne à percevoir ce qui s’invente, ou se réinvente dans l’improbable mélange assemblé sur la place de la capitale égyptienne, l’incroyable scénario qui s’y est joué.
Ni journalistique ni historien, son geste proprement artistique est exemplaire des possibilités de penser le présent grâce aux ressources spécifiques du cinéma. Ces possibilités-là sont si rarement mises en œuvres : nous avons des archives filmées des grands événements du siècle, mais bien peu d’œuvres de cinéma élaborées dans le temps même de leur survenue. Après, plus tard, il y aura des films, bien sûr, parfois des grands films. Ce pourra être passionnant, ce sera autre chose. Il y a les films de Santiago Alvarez et ceux de Chris Marker, certains de Robert Kramer, Mai 68 filmé par William Klein dans Grands soirs et petits matins, la révolution iranienne de 1979 filmée si différemment par Abbas Kiarostami (Cas n°1, cas n°2) et Amir Naderi (La Recherche)… La liste peut sans doute accueillir encore quelques exemples, il sont extraordinairement rares, alors qu’il y a des caméras partout depuis 120 ans, et des cinéastes, souvent. C’est aussi à cette aune qu’il faut mesurer l’importance du geste de Stefano Savona."
Jean-Michel Frodon Slate.fr
Télécharger le palmarès Traces de Vies 2011
Voeux 2012
L’ensemble de l’équipe (salariés et bénévoles) et l’association des Amis de Traces de Vies, s’associent à l’ITSRA pour vous souhaiter de grands bonheurs personnels et cinématographiques et vous donnent rendez-vous à la 22e édition du festival, du 26 novembre au 2 décembre 2012.

